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We shall overcome...

As I write this editorial, my thoughts drift back not only to the context in which we put together this 35th edition of Les Hivernales, but also to warm memories of the festival’s founder, Amélie Grand, who always appeared to me as a woman capable of facing adversity. While I cannot compare myself to her, since I have only presided the CDC for three years, I feel the deep conflict aroused by working in the performing arts, among artists, beauty and dance, and the questions raised by the role of the human body in today’s society, brutally confronted with the complexity of the world we live in and the politico-economic processes that force us to conform, leaving little room in our projects for dreams or poetic escape from reality...

I don’t know whether throughout the years Amélie Grand had to face troubled times as we know them today, a determining factor in giving shape to this latest edition, as costs continue to rise while state subsidies and aid from public authorities stagnate or drop, jeopardising both the nature of the event and its excellence, which relies on our quest for artistic quality. At the rate things are going, will we still be able to offer a week-long, winter season dance festival in Avignon in the future? As chance would have it, I wanted to give our audiences the opportunity to discover artists from our corner of the world, and thus decided to devote this year's event to artists from Mediterranean countries. I was therefore confronted with the scars of the economic downturn as I visited Greece, Spain and Italy. Strangely enough, even though it manifests itself quite differently, the crisis has not spared Israel, Turkey, Croatia and Romania, while profound changes shake North Africa and Libya, where revolution smells more of blood than jasmine... not to mention Syria, where no one can tell just how long the massacre will continue.

In spite of these hardships, we still had a festival to organise, finding works and artists who not only continued to perform and develop their projects, but who also accepted our economic conditions. A strange period indeed, where resistance is the key word, both here and in countries so close to home...

The outcome is an edition that will leave its mark in time, featuring pieces performed by artists who are either descendants of immigrants living in France or performers living in “the South”.

This year’s choreographers and dancers come from Italy, Tunisia, Algeria, Egypt, Israel, Spain and Greece, as well as a large representation from the south of France or other Mediterranean countries. This 35th edition will also commemorate the works of Dominique Bagouet, who played an important role in the early years of Les Hivernales and sadly passed away 20 years ago.

This will be an occasion to celebrate his work and see his repertoire revisited by a completely new generation of dancers, who will also need to “resist” so that dance survives in this world of chaos where we must remain vigilant while also devoting ourselves to keeping beauty alive...

Emmanuel Serafini

Director

Edito

Il faut résister…

Au moment de transmettre cet éditorial, je repense
non seulement au contexte de la mise en place
de cette 35e édition des Hivernales, mais j’ai une
pensée émue pour la fondatrice Amélie Grand
qui m’est toujours apparue comme une femme "faisant
face" à l’adversité et, sans me comparer car je ne
suis à la tête de ce CDC que depuis trois ans,
je ressens ce profond conflit qui consiste à côtoyer
l’art vivant, les artistes, la beauté, la danse,
l’enjeu du corps dans notre société et la complexité
du monde dans lequel nous vivons, ces enjeux
politico-économiques qui nous obligent à formater
nos projets laissant, en réalité, peu de place
au rêve ou à l’évasion poétique…

Je ne sais pas si pendant ces longues années Amélie
Grand a dû faire face à une crise de l’ampleur
de celle que nous traversons et qui conditionne
la mise en place de cette nouvelle édition, car si
les coûts n’ont cessé d’augmenter, les subventions,
les aides des tutelles et organismes publics ont
au mieux stagné sinon baissé, mettant en péril
à la fois la nature de la manifestation et son
excellence qui passe par la recherche de la qualité
artistique. Au train où vont les choses, serons-nous
demain toujours en mesure de proposer une semaine
entière de danse à Avignon l’hiver ?

Hasard des choix, j’ai voulu faire découvrir
au public des artistes proches de notre zone
géographique de vie en consacrant cette édition
aux artistes du bassin méditerranéen. J’ai donc été
confronté à la crise en Grèce, en Espagne, en Italie
où je me suis rendu mais bizarrement, même si elle
est d’une toute autre nature, elle n’a pas épargné
Israël, la Turquie, la Croatie, la Roumanie sans
compter les profonds changements dans le Maghreb, la
Lybie dont les révolutions avaient plus l’odeur du
sang que du Jasmin… sans parler de la Syrie dont on
ne sait combien de temps cet effroyable jeu
de massacre va durer…

Avec ces contraintes, il faut mettre en place
un festival et trouver des oeuvres et des artistes,
qui non seulement continuent de travailler, de
développer leurs projets mais qui se plient aux
exigences économiques qui sont les nôtres… drôle
d’époque donc qui nécessite, oui, de la résistance
ici et dans ces pays si proches…
Aussi cette édition - événement sera composée
d’oeuvres où finalement les artistes issus
de l’immigration ou vivant "dans le sud" ont nourri
mon projet… On retrouvera des chorégraphes et
des danseurs italiens, tunisiens, algériens,
égyptiens, israéliens, espagnols ou grecs mais
beaucoup aussi qui vivent dans notre région
ou celles qui bordent la Méditerranée.

Et puis, hasard des célébrations,
pour notre 35e édition, on rend aussi hommage
à Dominique Bagouet, disparu il y a 20 ans,
qui a habité les premières années des Hivernales.
Nous en profiterons pour le danser et revoir
les pièces de son répertoire interprétées par
une toute nouvelle génération de danseurs
qui devront eux aussi "résister" pour que perdure
la danse dans ce monde chaotique qui nous demande
d’être vigilant et d’inventer aussi des temps
pour que se perpétue la beauté…

Emmanuel Serafini
Directeur